École · Guide pratique

Mon enfant est victime de harcèlement scolaire : que faire ?

Maître Ducroc Accaoui vous accompagne pour identifier les signes qui doivent alerter, connaître les démarches à entreprendre auprès de l'établissement scolaire, comprendre les recours envisageables lorsque la situation n'évolue pas, et savoir ce que prévoit la loi.

Découvrir que son enfant est harcelé à l'école est un choc pour tout parent.

Entre l'inquiétude, la colère et le sentiment d'impuissance face à une institution qui semble parfois minimiser, beaucoup de parents ne savent pas par où commencer. Voici, étape par étape, ce que vous pouvez faire, et ce que l'école, elle, est obligée de faire.

Reconnaître les signes du harcèlement scolaire

Aux termes de l'article 222-33-2-3 du Code pénal, le harcèlement scolaire est constitué par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de vie de la victime. Lorsque ces agissements sont commis au sein d'un établissement d'enseignement, ils peuvent émaner d'un autre élève ou de toute personne étudiant ou exerçant une activité professionnelle dans ce même établissement.

Concrètement, le harcèlement scolaire peut prendre des formes très diverses : moqueries répétées, insultes, humiliations, mises à l'écart, menaces, bousculades, violences physiques, dégradations ou vols de fournitures scolaires, diffusion de rumeurs ou encore publication de contenus humiliants sur les réseaux sociaux. Ces agissements se poursuivent fréquemment en dehors de l'établissement, notamment le soir, les week-ends ou pendant les vacances, par l'intermédiaire des messageries et des réseaux sociaux, constituant alors des faits de cyberharcèlement.

Les enfants en parlent rarement d'eux-mêmes.

Par conséquent, certains changements de comportement doivent alerter les adultes qui entourent l'enfant :

  • refus soudain d'aller à l'école ;
  • symptômes physiques : maux de ventre ou de tête récurrents le matin ;
  • chute des résultats, perte de concentration ;
  • troubles du sommeil, cauchemars, perte d'appétit ;
  • matériel « perdu » ou dégradé, vêtements abîmés ;
  • isolement, irritabilité, propos dévalorisants sur lui-même.

Si vous reconnaissez plusieurs de ces signes, ouvrez le dialogue sans dramatiser ni minimiser : « Il se passe quelque chose à l'école ? Tu peux tout me dire, tu n'auras jamais d'ennuis pour ça. »

Gouv
Ressource officielle

Le ministère de l’Intérieur (police et gendarmerie nationales) met à disposition une grille d’évaluation du danger face au harcèlement. Remplie séparément par l’enfant et par le parent, elle attribue un score de gravité et oriente vers les démarches adaptées.

Le rôle de l'avocat

Il n'est pas toujours simple, en tant que parent, de déterminer si les faits relèvent du harcèlement scolaire au sens de la loi. Un premier échange téléphonique avec un avocat peut vous aider à qualifier la situation et à identifier les démarches adaptées.

Les premiers gestes : protéger votre enfant et constituer les preuves

Avant même toute démarche officielle, deux réflexes comptent.

1. Sécuriser votre enfant

Rassurez votre enfant en lui expliquant que les faits qu'il subit sont inacceptables et interdits par la loi.

Faites-lui comprendre qu'il n'est pas responsable de cette situation et qu'il ne sera pas seul pour y faire face.

Si son état psychologique ou physique vous inquiète, consultez rapidement un médecin. Outre la prise en charge de l'enfant, le certificat médical constatant les conséquences des faits pourra constituer un élément de preuve important dans le cadre des démarches à entreprendre.

2. Consigner les éléments de preuve

Ce qui n'est pas conservé sur le moment est souvent impossible à reconstituer. Constituez un dossier :

  • un journal daté des faits rapportés par votre enfant ;
  • des captures d'écran datées des messages, publications et stories (avec les identifiants visibles) ;
  • les certificats médicaux et attestations de suivi psychologique ;
  • les témoignages écrits d'autres parents ou élèves, si possible ;
  • une copie de chaque courrier ou courriel échangé avec l'établissement.

Le 3018, numéro national gratuit contre le harcèlement et le cyberharcèlement (appel, tchat ou application), peut accompagner votre enfant et faire supprimer rapidement des contenus en ligne.

Alerter l'école : ce que l'établissement doit faire

L'école n'a pas le choix : la lutte contre le harcèlement est une obligation légale.

Tous les établissements doivent appliquer un protocole de prise en charge (programme pHARe mis en place depuis 2021 et généralisé à la rentrée 2022) : écoute de l'élève, information des parents, mesures de protection, traitement de la situation avec les élèves concernés.

Concrètement :

  • Demandez un rendez-vous avec le professeur principal et le chef d'établissement (ou le directeur d'école). Venez avec votre dossier, restez factuel.
  • Doublez systématiquement par écrit : au moyen d'un courriel ou d'un courrier recommandé récapitulant les faits signalés ainsi que les mesures ou engagements évoqués. Ces écrits permettent de conserver une trace des démarches entreprises et, le cas échéant, d'établir l'absence de réaction ou l'insuffisance des mesures mises en œuvre par l'établissement.
  • Demandez quelles mesures concrètes sont mises en place pour protéger votre enfant, et sous quel délai.

Depuis les textes récents, c'est en principe à l'élève auteur, et non à la victime, de changer d'établissement lorsque la situation l'exige.

Le rôle de l'avocat

Maître Ducroc Accaoui accompagne les parents dès cette étape amiable : préparation du rendez-vous, formalisation des signalements écrits, dialogue avec l'établissement. L'intervention d'un avocat, en amont de tout contentieux, contribue à ce que la situation soit prise au sérieux et traitée sans délai.

Si l'école ne réagit pas : monter d'un niveau

Il arrive que les signalements des parents ne donnent lieu à aucune mesure adaptée ou que la gravité des faits soit sous-estimée.

Dans une telle situation, il est important de ne pas laisser la situation s'installer et d'engager rapidement les démarches appropriées afin d'assurer la protection de l'enfant et de préserver ses droits :

  • Saisissez par écrit le DASEN (directeur académique des services de l'éducation nationale) et le référent harcèlement de votre académie, en joignant votre dossier et la chronologie des alertes restées sans effet ;
  • Adressez une copie au rectorat, en courrier recommandé avec accusé de réception ;
  • Conservez chaque preuve de dépôt et de réception : ces courriers documentent l'inaction de l'institution, ce qui pèsera dans toute procédure ultérieure.
Le rôle de l'avocat

La rédaction de ces courriers peut être confiée à l'avocat : il s'assure qu'ils soient pertinents, complets et qu'ils comportent tous les éléments utiles aux suites de la procédure.

La voie pénale : le harcèlement scolaire est un délit

Depuis la loi du 2 mars 2022, le harcèlement scolaire est un délit autonome, inscrit à l'article 222-33-2-3 du code pénal.

Les peines encourues sont lourdes : jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende, portées à 5 ans en cas d'incapacité de travail de plus de 8 jours, et jusqu'à 10 ans lorsque les faits ont conduit la victime à se suicider ou à tenter de le faire.

Vous pouvez déposer plainte au commissariat ou à la gendarmerie, ou écrire directement au procureur de la République.

Les mineurs auteurs peuvent être poursuivis dès 13 ans. Avant cet âge, des mesures éducatives restent possibles, et la responsabilité civile de leurs parents peut être engagée pour obtenir réparation.

Lorsque le harcèlement se poursuit en ligne, il constitue également du cyberharcèlement.

Nous y consacrons une page dédiée : cyberharcèlement : les recours des parents.

Le rôle de l'avocat

Dans ces situations, où se mêlent preuves numériques, plateformes et qualifications pénales, l'appui d'un avocat permet d'agir vite et sur tous les fronts à la fois : retrait des contenus, plainte, protection de l'enfant.

Obtenir réparation : la responsabilité de l'institution

L'État est tenu d'assurer la sécurité et la protection des élèves qui lui sont confiés.

Lorsque l'établissement scolaire, dûment alerté, s'abstient de mettre en œuvre les mesures adaptées pour prévenir ou faire cesser une situation de harcèlement, la responsabilité de l'administration peut, sous certaines conditions, être engagée.

La réussite d'une telle démarche repose toutefois sur la qualité des éléments de preuve réunis.

Les signalements écrits adressés à l'établissement, les réponses (ou leur absence), les certificats médicaux, les attestations ainsi que tout document retraçant les démarches entreprises constituent autant d'éléments essentiels pour établir les manquements de l'administration et obtenir la réparation du préjudice subi par l'enfant et, le cas échéant, par sa famille.

Quand consulter un avocat ?

Un avocat n'est pas réservé aux situations extrêmes. Son intervention est particulièrement utile lorsque :

  • l'établissement minimise ou ne répond pas à vos alertes écrites ;
  • votre enfant présente des séquelles (suivi médical ou psychologique, déscolarisation) ;
  • vous envisagez une plainte pénale ou une action indemnitaire ;
  • on vous propose, à l'envers de la logique des textes, de changer votre enfant d'établissement ;
  • votre enfant est accusé à tort d'être l'auteur du harcèlement.

Souvent, un courrier d'avocat adressé à l'établissement ou au rectorat suffit à déclencher les mesures attendues, sans procès. Pour comprendre le cadre complet des recours, consultez notre page dédiée : harcèlement scolaire : défendre votre enfant.

Questions fréquentes

Puis-je retirer mon enfant de l'école le temps que la situation se règle ?
L'instruction reste obligatoire, mais des solutions temporaires existent (aménagements, accueil dans un autre établissement, enseignement à distance dans certains cas). Ne déscolarisez pas votre enfant sans cadre : faites-le acter par écrit avec l'établissement ou le DASEN.
L'école peut-elle refuser d'agir au motif que les faits se passent hors de ses murs, sur les réseaux ?
Non. Dès lors que les faits se rattachent à la vie scolaire (mêmes élèves, répercussions dans l'établissement), l'école doit les prendre en charge, et le délit de harcèlement scolaire couvre aussi ces agissements en ligne.
Combien de temps ai-je pour agir en justice ?
Les délais varient selon la voie choisie (pénale, indemnitaire) et l'âge de la victime : pour un mineur, certains délais ne courent qu'à partir de sa majorité. Le réflexe reste néanmoins d'agir vite : les preuves s'effacent et la situation de l'enfant, elle, n'attend pas.

Votre enfant est concerné ?

Décrivez votre situation en quelques lignes. Maître Ducroc Accaoui, avocate au Barreau de Paris, revient vers vous rapidement.

Exposer ma situation

Cet article présente une information générale à jour à la date de sa publication et ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation appelle une analyse personnalisée.

Publié par Maître Eugénie Ducroc Accaoui, avocate au Barreau de Paris · Juillet 2026