La CRIP, l'évaluation en trois mois, vos droits pendant les entretiens et les suites possibles, expliqués par une avocate au Barreau de Paris.
Vous venez d'apprendre qu'une information préoccupante a été transmise au sujet de votre enfant. Première chose à savoir : une IP n'est ni une accusation, ni une décision. C'est le point de départ d'une évaluation, encadrée par des règles précises, dans laquelle vous avez des droits et un rôle à jouer.
Comprendre : une IP déclenche une évaluation, pas une sanction.
Identifier qui traite : la CRIP, cellule du département, pilote l'évaluation.
Connaître le délai : l'évaluation doit être réalisée dans les 3 mois.
Participer : votre avis est recueilli, et ce que vous dites compte.
Anticiper les suites : classement, proposition d'aides, ou saisine du juge.
Réagir si l'IP est abusive : des moyens d'action existent.
C'est une information transmise à la cellule départementale pour alerter sur la situation d'un mineur dont la santé, la sécurité ou la moralité seraient en danger ou en risque de l'être, ou dont les conditions d'éducation ou de développement seraient gravement compromises (art. R226-2-2 CASF). Sa finalité est d'évaluer la situation et de déterminer les aides possibles, pas de trancher une culpabilité.
À distinguer du signalement : le signalement est adressé directement au procureur de la République pour les situations les plus graves. L'IP, elle, reste dans le circuit administratif du département, au moins dans un premier temps.
Le président du conseil départemental est chargé du recueil, du traitement et de l'évaluation des informations préoccupantes, via une cellule dédiée : la CRIP (art. L226-3 CASF). L'évaluation est confiée à une équipe pluridisciplinaire de professionnels formés, sur la base d'un référentiel national.
En principe, oui : les parents sont informés de l'évaluation, sauf si cette information est contraire à l'intérêt de l'enfant (art. L226-5 CASF). Concrètement, vous êtes le plus souvent contactés pour un entretien, et une visite à domicile peut être proposée.
Elle doit être réalisée dans un délai de trois mois à compter de la réception de l'IP, délai réduit selon la gravité et l'âge de l'enfant, notamment s'il a moins de deux ans (art. D226-2-4 CASF).
Retenez trois choses sur son objet (art. D226-2-3 CASF) :
Ce que vous dites lors des entretiens est consigné dans le rapport d'évaluation, qui oriente la suite. Beaucoup de parents abordent ces rendez-vous à chaud, sur la défensive, et le paient dans le rapport.
Faites le point avec un avocat avant les entretiens : sur ce qui vous est reproché, sur votre positionnement, et sur les éléments concrets à mettre en avant.
Une IP infondée, faite par malveillance (conflit de voisinage, séparation conflictuelle), est une épreuve. Deux réflexes : coopérer avec l'évaluation, car c'est elle qui établira l'absence de danger, et documenter votre situation. Les moyens d'action contre l'auteur d'un signalement abusif existent, mais se manient avec précaution : nous les détaillons dans notre fiche signalement abusif : réagir.
Les textes officiels sur l'information préoccupante sont consultables sur Légifrance (CASF, section information préoccupante).
L'avocat vous aide à comprendre ce qui est reproché, à préparer les entretiens d'évaluation, à adopter le bon positionnement avec les services, à réagir si l'évaluation débouche sur une saisine du juge des enfants, et à agir en cas d'IP manifestement abusive. Selon vos ressources, l'aide juridictionnelle peut prendre en charge les honoraires. Pour aller plus loin, voir avocat en protection de l'enfance.
Exposez votre situation avant les entretiens d'évaluation.
Exposer ma situationCe n'est pas obligatoire, mais les entretiens d'évaluation ne s'improvisent pas : ce que vous dites est consigné et oriente les suites. Un avocat vous aide à préparer ces rendez-vous et à comprendre les enjeux. L'aide juridictionnelle peut prendre en charge les honoraires selon vos ressources.
Pas nécessairement : l'auteur peut demander que son identité ne soit pas divulguée, et les professionnels sont couverts par des règles propres. Concentrez votre énergie sur l'évaluation elle-même : c'est elle qui décidera de la suite.
Non. La plupart des évaluations débouchent sur un classement ou sur des propositions d'aides. La saisine du juge des enfants est réservée aux situations de danger, et le placement n'est qu'une des mesures possibles, pas la règle.
Vous n'êtes pas tenu d'ouvrir votre porte, mais un refus prive l'évaluation d'éléments rassurants et peut être interprété défavorablement, voire conduire à une saisine judiciaire si le doute persiste. Mieux vaut préparer la visite que l'éviter.
Les informations sont conservées par les services départementaux dans des conditions strictement encadrées, pour une durée qui dépend des suites données. Nous y consacrerons un article dédié.
Cet article fournit une information générale à jour à la date de sa publication et ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation appelle une analyse personnalisée.
Publié par Maître Eugénie Ducroc Accaoui, avocate au Barreau de Paris · Juillet 2026